Comment se passe une commission d’aide au financement d’un film ?

Comment se passe une commission de fonds d’aide cinéma ?

 

J’ai eu l’occasion de participer à une commission régionale d’attribution de subventions d’aide à la production de film. Je vous propose de vous raconter absolument tout . Comment ça se passe ? Qui est présent ? Comment les membres de la commission choisissent les projets ? Y a t-il du copinage ? Les membres du comité sont-ils des pros ou des élus qui ne comprennent rien ? Savent-ils lire un scénario ? Etc…

Entre le moment où j’ai assisté à cette commission et maintenant, les fonds et les commissions ont évolué. Les montants d’interventions donnés ici sont ceux pratiqués aujourd’hui.

En revanche la manière dont se passe une commission est la même. Cet article est fait pour vous expliquer la démarche et mon ressenti.

La commission pourquoi, comment ?

Tout d’abord il faut que je vous explique le but de la commission à laquelle j’ai assisté. C’était le fonds d’aide à la production fiction. Cette commission aide des projets de séries, de longs-métrages et de courts-métrages dans les Hauts de France.

Tous les membres du jury ont reçu, plusieurs semaines en amont, les scénarios et dossiers de production. Le but de cette commission est de statuer sur chaque dossier et d’allouer ou non l’aide de financement demandée. Pour cela les réalisateurs, les auteurs et les producteurs vont venir défendre leur projet face à la commission pendant une vingtaine de minutes.

commission de financement

L’enjeu est de taille car les aides allouées en fonction du genre peuvent aller assez loin :

Long-métrage : 230 000 euros (exceptionnellement l’aide peut aller jusqu’à 400 000 euros)

Court-métrage : 30 000 euros

Séries : 300 000 euros

 

Il faut avoir rempli un dossier complet comprenant :

  • le dossier de demande d’aide financière (ci-joint), complété
  • un courrier précisant la nature de la demande et le montant de l’aide sollicitée
  • le scénario
  • le synopsis
  • la note d’intention du producteur
  • une note du producteur expliquant le choix de la région comme lieu de tournage et comme partenaire*
  • la note d’intention du réalisateur
  • le devis détaillé faisant apparaître une colonne « dépenses en région Hauts-de-France »
  • le devis résumé
  • le plan de financement faisant apparaître ce qui est acquis
  • la filmographie du producteur
  • la biographie du réalisateur

Plus :

  • contrats d’auteurs
  • lettre du ou des diffuseurs (pour les longs et séries)
  • engagement du distributeur (longs)
  • contrats de coproductions (dans le cas où il y en a)

* la notion de partenaire dans cette commission est importante car l’argent alloué par la commission n’est pas une subvention mais une co-production. C’est à dire que la structure devient coproductrice via l’argent qu’elle alloue. C’est à dire qu’en cas de succès du film la structure touchera des RNPP (c’est à dire un pourcentage sur le bénéfice que fait le film, CF voir l’article sur les RNPP)

À l’époque la commission mélangeait les longs, les séries et les courts métrages. Aujourd’hui les courts-métrages ont leur propre jury et leur propre commission, ce qui permet de prendre le temps sur chaque projet.commission de financement

Qui est présent dans cette commission ?

Sont présents : Les membres du jury, la responsable du fonds d’aide cinéma, un représentant des auteurs de la région, un représentant des techniciens de la région, la directrice de la structure et moi . En gros, une dizaine de personnes.

Autant vous le dire tout de suite, ce sont des professionnels et ils savent très bien de quoi ils parlent ! Il n’y a pas d’élu ou de personne qui ne connaisse pas le sujet.

Il y a des réalisateurs, des auteurs, des producteurs (trices) qui réalisent ou produisent des films de tout genre et qui ont été soutenus par la structure dans les 3 dernières années. Tous les membres du jury ont été élus par des professionnels.

D’ailleurs, le plus souvent, vous pouvez retrouver qui fait partie des commissions en allant sur le site de la commission que vous passez. Rien n’est opaque, bien au contraire.

 

Comment se déroule le choix de soutenir ou pas un projet ?

Comme je vous le disais tous les projets sont envoyés aux membres du jury qui lisent les projets et se font une idée sur le projet, bonne ou mauvaise, sur plusieurs critères comme : Le scénario (structure, personnages, développement etc..), le plan de financement, la vision de l’auteur et du réalisateur et la somme demandée.

Ils arrivent donc en commission avec une idée positive ou négative sur le projet. Voilà pourquoi votre dossier est HYPER important !!!

Mais tout n’est pas joué à ce moment, je peux vous l’assurer.

Car, une fois dans la salle, commence le bal des porteurs de projets : Auteurs, réalisateurs et/ ou des producteurs.

Et là, je peux vous dire que cette audition a le pouvoir de tout faire basculer. Alors, soyons clairs, si votre plan de financement ou si votre projet est bancal vous pourrez faire de votre mieux, ça ne changera pas le côté bancal.

Mais en amont, la responsable du fonds est là pour éviter que des projets trop « light » en terme de financements ou de scénarios se présentent, sachant qu’ils se feront malmener par les membres de la commission. Donc, si on vous dit que vous n’êtes pas prêt pour passer telle ou telle commission ce n’est pas contre vous ! Mais pour vous aider. En revanche si vous vous évertuez à tout de même passer cette commission sans prendre en compte cet avis…ne venez pas vous plaindre de vous faire éjecter par le jury.

Bref, ensuite chaque porteur de projet se présente face à la commission où il présente son projet, les raisons de tourner son film en Hauts de France et les dernières nouvelles qui n’apparaissent pas dans le dossier. Bref, c’est un mixte entre numéro de charme et vision artistique.

 

commission de financement

Porteurs de projets : JEDI et PADAWAN

Bon, je ne vais pas vous mentir, j’avais une vision un peu négative d’une telle commission. Je savais que tout n’était pas joué d’avance mais j’avais un a priori négatif sans savoir expliquer pourquoi. Pourtant je connaissais déjà certaines personnes présentes dans cette commission.

Je savais qu’elles étaient pros, bienveillantes et légitimes mais je me disais (peut être) qu’une fois réunies en meute elles devenaient toutes des bêtes sanguinaires dépeçant le moindre projet qui sortait du cadre du film d’auteurs et misérabiliste où le Chômage, l’alcool, la drogue et les analphabètes sont obligatoires dans un scénario. Adieu projets de film de genre ou comédie !

Et bien pas du tout ! Ce qui m’a choqué c’est le manque de préparation des auteurs, des réalisateurs ou des producteurs.

On sentait ceux qui maîtrisaient leur sujet et les autres. Ceux qui avaient bossé (et/ ou qui avaient l’habitude) et les autres. Les apprentis producteurs, auteurs…et les autres.

En tant qu’auteur ou producteur vous devez vous préparer à pitcher et à parler de votre projet.

Les membres du jury vont vous poser des questions sur le fond de votre scénario. Certains membres sont aussi auteurs et je peux vous dire qu’ils lisent les scénarios de A à Z. Parfois leurs questions sont pointues tant sur la structure, les personnages ou le thème abordé.

D’autres sont plus portés sur le financement et la manière de produire. Impossible de leur raconter des histoires car ils savent très bien comment ça marche !.

Vous pouvez foirer votre présentation car c’est un exercice compliqué et nous ne sommes pas tous égaux face au stress. Et puis certains auteurs ou réalisateurs ne savent pas « se vendre » même si ça s’apprend et qu’avec le temps c’est plus facile. Mais au delà de votre présentation le comité est là pour vous poser des questions précises. Si vos réponses sont vagues c’est que quelque chose ne va pas, stress ou pas stress.

Je me souviens d’un réalisateur et du producteur d’un long, ils étaient hyper stressés. Car forcément une commission comme celle là c’est un vrai enjeu pour la vie ou la mort du projet. Leur présentation était mauvaise, soit ! Elle ne donnait pas envie…(je ne connaissais pas le projet, je n’ai pu juger que sur leur présentation). Je me suis dit qu’ils pourraient se rattraper avec les questions/ réponses avec le jury…Et bien non, car ils ont été questionnés sur des éléments du scénario et leur manière de financer n’a pas convaincu (et moi non plus). Malgré le fait que je ne connaissais pas le scénario, les questions du jury étaient légitimes et les réponses des candidats étaient floues.

Résultat, ils n’ont pas été soutenus.

Et le copinage ?

Oubliez tout ça ! Même si vous connaissez un membres du jury ou le président il ne pourra pas convaincre les autres de vous aider si le projet n’est pas à la hauteur.

Se faire un réseau

En revanche il est important de faire partie d’une association d’auteurs ou de producteurs. Non pas pour avoir des voix en plus mais pour vous aider à avoir assez de recul sur votre projet et qu’ils vous aident à vous préparer à « affronter » un jury.

Essayez de rencontrer les auteurs, réalisateurs qui ont passé ces commissions.

Et surtout préparez-vous et peaufinez votre dossier de présentation.

Voilà pour l’article sur : Comment se passe une commission d’aide au financement d’un film

N’hésitez pas à nous poser vos questions ou vos commentaires sous cet article.

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A bientôt

Tom

 

À PROPOS DE TOM WEIL

Tom

Je m’appelle Tom Weil, je suis assistant réalisateur pour le cinéma et la télévision et comme vous pouvez vous en douter je suis passionné de cinéma depuis tout jeune. J’ai crée ce site il y a presque 3 ans maintenant pour vous apporter mon aide…

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  • maria

    ☼) Bonjour TOM et bonjour vous tous,

    Alors…c’était bien ça le  » monde impitoyable du cinéma  » que tu dénonçais – à juste titre – dans la vidéo de ton retour…Évidemment, ce monde impitoyable est équitable et sans doute loyal, puisque tu l’as côtoyé, constaté de visu….
    Comme je me sens seule ce matin, seule avec mon premier long métrage qui m’a pris des nuits et des jours, des moments d’écriture à la sauvette au tout début de mon projet, parce que je créais en dehors du temps réel, sur des chaussures à bascules, oubliant des plats qui brûlaient et tant d’autres obligations matérielles. Commencé mentalement en 2013, ce recul que tu préconises, je ne l’ai bravé qu’en mai de cette année. C’était ce que je nommais, avant, mon défi…

    Toi, tu pensais que le jury ne choisissait que  » des films d’auteurs où drogue, chômage, alcool, analphabétisme  » devenaient obligatoires et  » bien  » traités dans un scénar. Dis… un film d’auteur, c’est quoi exactement ? Je pense à Arnaud Despléchin, à son film « comment je me suis disputé, ma vie sexuelle ». Ou à  » The ennemy  » de Denis Villeneuve. Est-ce que ce serait des films si compliqués que le lambda peine à comprendre ?

    Tu parles des Hauts de France, où le ciné prend autant de place qu’ à Paris. La ville de mon projet, celle que je monte en épingle, ( un peu comme dans les séries meurtres ici ou là ) se trouve dans la région Centre-Val de Loire. J’en ai cherché des productions : rien trouvé ! Si… une qui a fait ses preuves .pour des dessins animés.

    Bon, merci Tom de cet article clairvoyant qui nous dévoile la réalité du « combat » , qu’on soit auteur, réalisateur ou producteur…

    Bonne fin de dimanche et bien cordialement de
    ☼) maria.

    • Bonjour Maria,

      Détrompez vous: il n’y a pas de boîtes de production cinéma en Hauts-de-France. L’immense majorité de celles qui passent en commission sont basées à Paris. Elles demandent de l’aide à la région parce que le projet de film a un rapport avec elle: auteur provenant de la région, lieux de tournages prévus dans la région, etc… Mais elles n’y sont pas basées.
      En Hauts-de-France on trouve quelques boîtes spécialisées dans le documentaire ainsi que l’animation. On trouve aussi des structures associatives qui se montent pour produire des courts à très petit budget, favorisées par le « fond émergence », un autre fond de la région – maximum 12 000 euros pour un film, mais en moyenne plutôt autour de 5 000 à 8 000.

      • maria

        ☼) Bonjour LucaR,
        Je vous remercie. J’ai dû mal m’exprimer.
        Ce que je voulais dire pour les Hauts de France, c’est que, là-bas, il existe un monde de cinéastes plus que partout ailleurs, ou tout au moins originaires de cette région, même s’ils sont basés à Paris…Des cinéastes épris de cinéma.
        Les voici dans le désordre de ma mémoire:
        * Tom Weil (notre hôte plus à présenter ! ) et tous ceux de l’ Équipe CFUF, qui l’ont secondé…
        * Je parlais de Renaud Desplechin, né à Roubaix.
        * je pourrais citer Dany Boon,
        * Stéphanie Douet,, productrice
        * Virginie Visconti, actrice née à Dunkerque
        * Les éditions Lettmotif , de Lille, ( spécialisées dans scénarios et revues de cinéma),
        * et d’autres présentés ici même, comme ce jeune producteur qui a transformé le local – où ses grands-parents cultivait les chicons – en studios de cinéma.

        Pour la région Centre/ Val de Loire où se situe mon histoire, j’ai trouvé un organisme qui aide financièrement. Mais sans producteur intéressé par mon projet, ça finit en … queue de poisson.

        Bonne fin de dimanche à vous, ceci souhaité sincèrement par
        maria ☼)

        • Je ne sais pas si on a plus de cinéastes ici qu’ailleurs (je suis également de cette région) mais ce qui est tout à fait vrai en revanche c’est qu’il y a ici une volonté politique de promouvoir le cinéma, notamment depuis la fusion des régions: Pictanovo, qui gère les financements régionaux, reçoit aujourd’hui plus de subventions que la somme de ce que recevaient des deux anciennes régions auparavant. Et l’ACAP, qui mène des actions plutôt sous forme d’accompagnement que de financement, n’est pas en reste. Ces deux associations peuvent donc développer pas mal de formes d’aide, y compris pour la « jeune » création (jeune dans le sens nouveaux auteurs, pas leur âge): fond émergence, opération « première démarche », etc… J’en profite moi-même en tant qu’auteur mais aussi producteur au sein d’une structure associative: pas sûr que nous aurions pu mener certains de nos projets tel quel dans d’autres régions.

          • maria

            ☼) Merci encore LucaR !
            J’ avais entendu parler de Pictanovo, ou plutôt lu sur le net.
            Oui, c’est bien mon ressenti et vous l’exprimez mieux que moi, vous qui êtes dans le ch’Nord., quand vous parlez de « volonté politique de promouvoir le cinéma », sauf qu’étant plus « romantique » , je dirais une volonté sentimentale de le promouvoir.
            Avec vous, avec Tom et tous pour le cinéma !
            ☼) maria.

            • Bonsoir Maria,

              Malheureusement c’est moins romantique que ça. 1 euro d’aide = 7 euros de retombées économiques pour le territoire. Tu augmentes les fonds = tu augmentes les projets aidés = encore plus de retombés (hôtel, emplois, restauration, locations etc..)

              A bientôt,

              Tom

              • maria

                ☼) Évidemment…La multiplication des €, c ‘est ça la politique…
                Ouille, pour le romantisme, mon rêve s’ écroule ! ☼)
                Je pensais plus à ceux qui aiment le cinéma et qui le prouvent en faisant du…cinéma !
                Bonne semaine à toi et à tous.
                ☼) maria.

          • Bonjour LucaR,

            Effectivement il y a une vraie volonté politique. Xavier Bertrand, Guilaume Delbar ne s’en cache pas ;o) Les fonds ont été presque multiplié par deux. Soit 10 millions d’euros pour soutenir les projets sur différents champs : long, série, nouvelles écritures, jeux vidéo, court-métrage, documentaire etc…ce montant comprend les frais de fonctionnement de Pictanovo, le suivi des auteurs etc…Les aides réels sont d’un peu plus de 7 millions d’euros.

            Il est certain que la région permet de créer plus facilement qu’ailleurs.

            Merci pour ton commentaire et au plaisir d’échanger en live ,

            Tom

            • Bonjour Tom,

               » et au plaisir d’échanger en live »
              Tu veux être jury de notre festival? (http://toutcourtfestival.fr) On est en cours de prospection du jury de l’édition 2. Ce serait l’occasion 🙂

              • Bonsoir LucaR,

                Avec plaisir!

                Je te contacte par mail.

                Tom

                • Ça marche! Tu peux le trouver sur le site du festival, page contact.

                  • Bonjour LucaR,

                    Je t’ai envoyé un mail…je n’ai pas de news depuis, dis moi juste qi tu l’a bien reçu.

                    Tom

                    • Bonjour Tom,

                      Pas reçu ton email non! J’ai fouillé dans ma boute à « spam », pas trouvé non plus.

                      As tu bien envoyé à contact [arrobas) toutcourtfestival.fr ? Sinon tu peux tenter en passant par le formulaire en ligne qui est là: http://toutcourtfestival.fr/index.php/contacts-et-pratique/

                      Et moi je t’en envois un sur contact [arrobas) commentfaireunfilm.com de suite voir si ça marche dans l’autre sens.

        • Bonsoir Maria,

          C’est Arnaud Desplechin ;o) et Stephanie Douet est Parisienne, mais Marine Place est bien de la région ;o)

          A bientôt,

          Tom

      • Bonjour LucaR,

        Il faut tout de même que le tournage se passe au moins pour moitié sur le territoire.

        Pour le court-métrage et le long, la possibilité pour un auteur de demander l’aide de la région et de tourner dans une autre.

        Effectivement le maximum de 12 000 euros est rarement atteint.

        A bientôt,

        Tom

    • Bonsoir Maria,

      Paris est à part sur la planète cinéma. Mais les Hauts de France ont une belle place à jouer.

      En ce qui concerne les films sur le chômage etc…c’était plus sur un ton ironique ;o)

      Il est possible d’aller chercher plusieurs régions pour financer un film. Le fait qu’il soit en centre-val de Loire n’est pas un pb.

      A bientôt,

      Tom