Méthode d’écriture d’un scénario selon Pixar Règles 8 à 11

Anatomie du scénario selon Pixar

Régles 8 à 11

Bonjour à tous. Nous continuons, cette semaine, les règles de chez Pixar. Je vous avoue que les dernières semaines… mois n’ont pas été de tout repos. Comme vous le savez, j’étais en tournage pour Canal+ et je n’ai pas eu une minute à moi. Profitez des vacances pour peaufiner vos scénarios grâce à ces règles Pixar. C’est une traduction faite de l’E-book de Stephan Vladimir Bugaj. Lorsque j’emploie le « Je » il faut comprendre que c’est Stephan qui parle. J’ai ajouté quelques petits trucs en plus pour vous aider à y voir plus clair ;o) Toutes ces règles formeront à la fin une sorte de méthode d’écriture de scénario…ou une méthode, une base de réécriture pour vos projets ;o)

8) Écrivez votre histoire de A à Z même si elle n’est pas parfaite

Ce que vous devez retenir de cette règle c’est de ne pas laisser la perfection devenir l’ennemi du bien. Il est normal que vous tentiez de faire le mieux possible ou le plus parfait possible mais vous devez combattre cela pour sortir une première fois votre histoire. Arriver au premier jet c’est une des choses les plus difficiles à faire pour n’importe quel artiste

Vous devez d’emblée considérer que votre histoire/ scénario ne sera pas parfait(e). Mais au moins il sera allé jusqu’au bout et vous pourrez le considérer comme terminé. Le but c’est le premier jet ! De plus, vous courez après quelque chose qui n’existe pas « la perfection » à moins que vous viviez dans un monde idéal….Mais au fond, même en passant 10 ou 15 ans sur votre scénario, vous arriverez à la conclusion suivante « ça ne sera jamais parfait ».

Dites-vous une chose importante : Les films que vous adorez, les histoires qui vous bouleversent sont considérées par leurs auteurs et réalisateurs comme imparfaites, alors que pour vous ce sont des chefs d’œuvres. Vous êtes donc, en tant qu’auteur/ réalisateur, du mauvais côté de la barrière pour juger de la perfection ou non de votre histoire. Le but c’est d’y mettre un point final ;o)

Forcément, vous savez tous qu’atteindre la perfection est impossible. Mais au fond, cela implique que l’on peut au moins s’en approcher le plus possible…et c’est justement ça qui vous pousse à vous perdre dans les détails et les changements continuels. Vous voulez être fier de votre histoire et pour cela elle doit être parfaite pour vous. Résultat : vous perdez du temps, vous vous énervez ou vous êtes frustré.

anatomie du scénario pixar

enchanted_fairy/ shutter stock

La maladie de « la paralysie du perfectionnisme» existe ! Et elle peut vous handicaper grandement. Ce que vous devez absolument faire pour éviter cela c’est de savoir « lâcher  prise ». Il y a une citation de Paul Valery qui tourne dans le milieu du cinéma aux USA, c’est : « un film n’est jamais terminé, il est abandonné ». Cette citation prend tout son sens lorsque l’on vous impose des deadlines car ce n’est pas l’artiste qui détermine le jour de livraison du script, du film, du montage ou je ne sais quoi mais le distributeur, le producteur ou le client. Sans cela, vous ne verriez jamais aucune pub ou film à la TV ou au cinéma lol

 

Si vous restez sur l’idée que vous pourrez atteindre la perfection ou le script idéal, je peux vous dire que vous allez droit dans le mur ou vous allez perdre tout votre temps. Autant abandonner l’idée d’avoir un script parfait tout de suite ;o)

Idem, ne tentez pas de créer un monde parfait où se passerait votre histoire qui, elle aussi, serait parfaite. Vous allez perdre votre temps. (Sauf si le monde parfait que vous créez a un sens dans la narration ou les enjeux. C’est à dire que votre film parlerait d’un monde idéal (cf : The Truman Show), Truman vit dans un monde parfait et vit des histoires parfaites jusqu’au jour ou quelque chose dérape ;o))

Je comprends que vous soyez passionné par ce que vous écrivez. Mais si vous comptez faire carrière, il faut faire taire (la contrôler) cette passion ou elle va vous dévorer car elle vous poussera à chercher la perfection. Un projet peut lancer votre carrière mais un seul projet ne suffit pas à faire une carrière ;o) Cela veut dire qu’à force de vouloir chercher la perfection sur un projet, ce projet peut vous lancer…mais il vous prendra tellement de temps que vous n’aurez pas le temps nécessaire pour en lancer un autre. Un projet de scénario qui vous tient à cœur n’est pas une carrière. Comment savoir si on est prêt ?! Je vous conseille de travailler sur plus d’un projet et d’arriver au bout. Toutes ces règles sont là justement pour aider tous ceux qui désirent avoir une carrière, se lancer ! Les « rêveurs » qui s’accrochent à leur projet unique, dévoués corps et âme, ceux-là ne veulent pas entendre ce genre de conseil.

Un de mes collègues scénaristes a malheureusement connu ça. Il coécrivait un scénario dans lequel son co-auteur a cherché la perfection à tout prix. Ce co-auteur ne voulait plus aller de l’avant, s’aérer la tête ou même penser à travailler sur un autre projet qui lui aurait permis de prendre du recul. Au lieu de ça, il a fait appel à des scriptdoctors, des consultants cherchant tout ce qui n’était pas parfait et s’enfonçant dans un processus dénué de sens car ne faisant plus avancer réellement le projet dans le bon sens.

Il est important d’avoir un retour. Mais chacun des retours sera différent (plus ou moins) d’une personne à l’autre. Ça n’a aucun sens d’essayer de plaire à tout le monde (et donc de prendre toutes les critiques comme argent comptant) et de surcroît essayer de trouver ce qui pourrait satisfaire tout le monde. Et c’est particulièrement vrai si vous, scénariste, vous refusez d’enlever des choses qui déplaisent aux autres mais qui vous plaisent à vous, auteur.

 

Tenter de satisfaire tout le monde, vous inclus, c’est ce que l’on peut aussi appeler : « la recherche de la perfection » ;o)

 

Pour réussir en tant que scénariste, vous devez apprendre à identifier ce qui a un impact sur votre histoire et ce qui en change sa nature. En gros, il ne faut pas modifier, faire des changements pour rendre meilleur votre scénario mais pour qu’il soit différent. La perfection, comme but, est souvent lié au doute du scénariste mais aussi à sa capacité à prendre des décisions intuitives et ainsi éviter tout ce qui n’apporte rien à son histoire.

Le propre d’un scénariste c’est qu’il sait ce qu’il souhaite raconter et sait, du même coup, quelle est la meilleure manière de raconter cette histoire en donnant le maximum de ce qu’il peut au moment où il la raconte. Il faut savoir lâcher prise ! Une fois que vous aurez terminé votre premier jet, il sera temps de le laisser de côté et de passer à autre chose.

NB : Une fois que vous avez terminé votre projet et que vous avez la sensation de ne pas lui avoir fait honneur, gardez en tête que vous pourrez revenir dessus plus tard. Parfois vous attendrez des semaines, des mois, voire des années avant de revenir dessus car vous aurez eu un coup de génie, une idée incroyable et de nouvelles perspectives pour votre histoire. Le temps que ce coup de génie revienne il sera important pour vous de travailler sur de nouveaux projets, de nouveaux scénarios. Bref, faire ce que font les vrais artistes ;o)

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catwalker/ shutterstock

9) Trouvez des solutions pour débloquer votre histoire

 

Lorsque vous êtes coincé dans votre histoire, faites une liste de ce qui ne pourrait pas se passer par la suite. C’est souvent comme cela que vient la solution qui va vous permettre de débloquer la situation.

Cette règle a une approche incroyable. Elle nous amène à tester nos idées pour finalement écarter celles qui ne conviennent pas et extraire les autres (les meilleures). C’est aussi une règle à double tranchant car elle vous dévoile une quantité incroyable de situations qui pourraient effectivement ne pas se produire et donc vous bloquer dans votre processus créatif…

Dans ce cas, vous pouvez passer toute une vie à faire la liste sans fin de « tout ce qui ne pourrait pas se passer ». Mais au fond la chose qui mérite d’être approfondie c’est :

 

«  Comment faire pour que cet exercice soit utile et pertinent ? »

 

Le meilleur moyen pour cela c’est de prendre un exemple : 2 étudiants plutôt maladroits viennent de se battre entre eux, dans un magasins de disques.

 

Si nous suivons la règle, nous pourrions faire une liste comme suit :

 

  • Tout le monde s’assoit et mange une tarte
  • La planète terre est engloutie par World serpent
  • Un plan rapproché sur un personnage en train de résoudre une équation
  • Etc…

 

Bref, il y a de fortes chances que vous passiez un temps de fou à dresser cette liste avant de pouvoir dire : » mais c’est bien sur, cette idée est parfaite pour mon histoire ». Même si vous mettez toutes les solutions illogiques de côté, il y a énormément de chances que vous mettiez un temps de dingue avant de trouver la solution idéale et donc de vous retrouver avec une liste longue comme le bras si vous vous focalisez uniquement sur « ce qui ne devrait pas se passer après ». Tant en terme de logique que vis à vis du monde dans lequel vos personnages évoluent et de la crédibilité que l’on peut y associer.

Il faut donc que pour chaque situation vous vous demandiez : »Quelles possibilités vos personnages seraient-ils incapables de gérer ? ». De cette façon vous créez une relations forte entre ce qui est possible dans votre histoire et les aptitudes de vos personnages. La question que vous devez vous poser est : « Quelle est la dernière chose que votre personnage voudrait être amené à faire pour gérer la situation. Ou se sortir de la situation dans laquelle il est ». La différence peut paraître subtile mais pourtant elle est plutôt radicale ;o)

 

Dites-vous que ce qui définit la manière dont votre histoire va s’articuler s’appuie, en fait, sur l’arc transformationnel de votre héros et donc sur la personnalité de vos personnages, leurs besoins, leur volonté, leurs objectifs etc…Si vous ne deviez retenir qu’une chose sur cette règle 9, c’est : »qu’est-ce que vos personnages ne voudraient pas faire ». N’oubliez pas que vous êtes bloqué dans votre histoire, qu’au lieu de trouver la meilleure solution, vous avez tendance à ne percevoir que les réponses les plus évidentes. Se poser cette question c’est s’obliger à aller au delà de ce qui nous vient spontanément et aller au-delà de nos blocages.

Les idées évidentes n’ont que pour effet d’atténuer l’évolution des personnages et de l’intrigue. On arrive à des situations prévisibles et plates. Explorer « ce qui ne devrait pas se passer » va vous obliger à vous diriger vers les idées les moins évidentes, mais sûrement les plus intéressantes. Vous évitez ainsi la routine et vous êtes dans une démarche de découverte. Dès que vous mettrez en phase tout ce qui ne pourrait pas se passer avec vos personnages, vous ouvrez un champs incroyable de possibilités de : « ce qui pourrait se passer ». Cela implique aussi d’avoir un point de vue plus nuancé sur vos personnages et les situations.

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Nicescene/ shutterstock

Bien évidemment, penser à des actions ou des événements qui seraient en contradiction avec vos personnages, n’est pas la situation que vous souhaitez. Il vaut mieux mettre à l’épreuve toutes les convictions (le nouveau moi) de votre héros et de l’obliger à prendre des décisions difficiles.

Notez que les décisions issues du héros ne sont pas forcément dues uniquement au héros lui-même. Je m’explique : Parfois, les ennemis et l’antagoniste peuvent faire en sorte que le héros réagisse d’une manière ou d’une autre, ils l’obligent à prendre une décision. Comme tous les choix qu’il fait, le héros évolue en fonction de ses décisions. Il est toujours plus intéressant d’amener les obstacles qu’il rencontre par l’intermédiaire d’un antagoniste actif.

 

Par exemple : Un assassin vient de trouver la personne qu’il cherchait. Si nous cherchions ce qu’il « ne devrait pas faire ensuite », cela serait sûrement de laisser sa victime en vie. Mais pour que cet exercice soit utile et que vous alliez au bout de la démarche, il faut adopter une démarche plus « active ». Nous savons maintenant que laisser sa victime en vie est une option, mais peut-être qu’il peut tout de même la blesser ou la mutiler, mais ne pas la tuer. Si nous allions plus loin, il se pourrait même que l’assassin sympathise avec elle ou même en tombe amoureux ! Il est même possible que les rôles s’inversent…ou encore que l’assassin ne considère pas sa victime comme un adversaire à sa hauteur…vous l’aurez compris il n’y a pas de choix intéressant lorsque l’on cherche des pistes « qui ne pourraient pas se passer ensuite ».

 

Vous devez vous demander comment résoudre chaque situation, de façon imprévisible, que tous les personnages peuvent provoquer de par leurs motivations et leurs implications.

 

Chaque personnage de votre histoire a une façon évidente, voire cliché, de réagir à toutes les situations. Il faut donc, dans un premier temps, identifier cette situation évidente et vous mettre à penser autrement afin de trouver la meilleure solution. Bref, penser à toutes les possibilités, même les possibilités dans ce qui vous paraît impossible en vous basant sur ce que vous connaissez de vos personnages et la situation dans laquelle ils sont confrontés. De cette manière vous réussirez à créer des scènes réelles et justes car vous amènerez des réponses inattendues de la part de vos personnages et sortirez des situations clichées. Sans oublier de rester cohérent avec ce que sont vos personnages, le mot d’ordre à garder en tête c’est de rester : Crédible ! ;o)

Vous l’aurez compris cette règles n’est pas juste là pour vous débloquer. Si vous réussissez à la maîtriser vous pourrez également l’employer pour créer de meilleures scènes et éviter les clichés ou le déjà (trop) vu.

 

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Neftali / Shutterstock.com

10) Ce que vous mettez de personnel dans votre histoire

C’est une des questions que je pose dans le guide de ma méthode scénario+. Quels sont les films que vous aimez ? Pourquoi ces histoires vous plaisent-elles ? Les choses qui vous touchent dans ces films, ces histoires, correspondent à quelque chose en vous. Votre objectif est alors d’identifier ces éléments qui vous touchent. Et de savoir en quoi ces histoires vous ressemblent avant de pouvoir les utiliser à votre tour dans vos scénarios.

 

Savoir et reconnaître ce qui nous plaît est un exercice que vous devez faire absolument afin de comprendre ce pourquoi vous voulez écrire et de surcroît écrire un scénario.

 

Forcément, faire cet exercice, lorsque vous êtes en plein milieu de l’écriture de votre scénario, ce n’est pas très utile. Sauf si vous êtes bloqué, que vous n’arrivez pas à vous dépêtrer de votre histoire malgré les précédentes règles. Dans ce cas une mise à plat est plus que nécessaire. Vous pouvez, dans ce cas, chercher des histoires semblables à la vôtre, histoire de vous en inspirer. Mais attention, s’inspirer veut ici dire, s’inspirer de la structure et du concept et non pas de faire du plagiat ! ;o) Dans ce cas il n’y a plus rien de personnel forcément ! Mais ce sont deux possibilités qui sont à votre disposition. Ces deux solutions se valent mais n’ont pas la même portée pour votre projet.

Cette règle va vous permettre de découvrir vos points forts (et vos faiblesses) et de mieux vous connaître. Car vous allez réussir à faire ressortir tout ce qui vous plaît dans les histoires sous des formes assez différentes comme : les mécanismes de narration, le rythme, des différentes formes de caractérisation de personnage etc… Vous devez avoir une compréhension de l’ensemble de ce qui vous plaît, vous ne devez pas mettre de barrière à ce que vous relevez. Notez tout ce que vous ressentez, dans n’importe quel ordre. Ce qui compte, dans un premier temps, c’est de capter le maximum de choses en restant le plus honnête possible avec vous-même, puis une fois que vous avez terminé, vous pourrez tout trier par type ou par genre.

Vous constaterez que d’un genre d’histoire à l’autre vous n’aimerez pas les mêmes choses et c’est bien normal. Si vous regardez un film d’amour et un film de guerre, ces deux films ne vous parleront pas de la même manière…Mais identifier et comprendre le quand, le comment et le pourquoi des choses qui construisent ces histoires vous aidera à utiliser ces éléments dans vos propres scénarios. En gros vous vous servez de ce que vous avez aimé en les transformant avec ce que vous êtes.

 

Comprendre ce que l’on veut (besoin) écrire, pourquoi on veut l’écrire et comment on peut l’écrire est une liberté immense que cette règle va vous apporter. (C’est d’ailleurs un des premiers exercices que je fais faire à mes élèves dans la méthode de scénario+). Cette analyse va vous permettre de savoir de manière naturelle ce que vous voulez mettre dans vos histoires. Mais aussi de savoir jusqu’où vous souhaitez aller avec ces idées, vous aurez un regard sur votre travail sans passer trop de temps sur ce qui doit être ou ne pas être dans votre histoire. Ce qui est compliqué lorsque l’on regarde un film qui nous touche c’est de pouvoir prendre de la distance, mais aussi de réussir à comprendre les éléments qui sont au cœur de la thématique développée. Lorsque vous analyserez plusieurs films, vous découvrirez ce que mon ami Barry Levins nomme « La thématique personnelle ». C’est un concept central autour duquel vous tournez lorsque vous racontez vos histoires et que vous regardez un film.

 

Pour étayer mes propos, voici quelques exemples :

L’amour peut tout vaincre : Nora Ephron

Monsieur tout le monde peut atteindre le pouvoir et être corrompu : Franck Capra

– Le pouvoir et la corruption anéantissent toujours Monsieur tout le monde : Alan J. Pakla

Les choses ne semblent jamais ce qu’elles semblent être : M. Night Shymalan

– Toujours être honnête avec soi-même, quoi qu’en dise la société : Tim Burton

– La vie est une salope et puis vous mourrez : Alex Cox

 

Alors tous les films de ces réalisateurs ne tournent pas strictement (uniquement) autour de leurs thématiques personnelles mais l’idée centrale de chacun de ces films tourne autour via certains éléments. La thématique personnelle fait partie de nous, il y a donc forcément toujours des éléments quel que soit le film qui nous pousse vers elle. C’est ce qui constitue notre vision, notre point de vue sur le monde et ce que nous voulons partager. Cette thématique personnelle n’est autre qu’une part de notre personnalité. Avec les années et l’expérience notre vision du monde change ou en tous cas évolue, mais elle ne change pas du tout au tout, l’idée originelle, la vision première que nous avons sur le monde reste toujours là d’une manière ou d’une autre.

Alors pas d’affolement non plus. Faire apparaître votre thématique personnelle dans vos scénarios n’induit pas le fait de raconter toujours la même chose. Il y a des milliers de façons de parler, de raconter des histoires. Mais pour pouvoir parler de ce qui nous touche, ce qui nous meut, il faut le recul nécessaire et se comprendre (se connaître) soi-même afin de pouvoir jouer sur des subtilités, des tonalités de notre personnalité et réussir à construire notre « voix d’auteur ». Si vous êtes redondant c’est que vous n’avez pas pris assez de recul et que vous n’avez pas pleinement travaillé sur votre thématique personnelle.

 

Cette règle nous dit simplement : Regarde, analyse les histoires que tu aimes et devient un meilleur scénariste.

 

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11) Vous n’êtes pas parfait, votre scénario non plus

Ça nous rappelle un peu la règle précédente qui nous disait que « ça ne sert à rien de chercher la perfection, car elle n’existe pas » et puis c’est une perte de temps. Ce que je nomme aussi la « paralysie du perfectionnisme ». Comme vous pouvez le voir, ce problème revient assez souvent dans l’analyse des règles car c’est un fléau pour les scénaristes et c’est un fléau difficile à surmonter. Donc rien ne sert de se surinvestir dans un projet avec l’idée de sortir quelque chose de parfait car c’est peine perdue. Ne laissez pas la perfection être l’ennemie du bien. Mais l’idée de ne pas se surinvestir par rapport à la perfection nous amène à une autre vérité : « Ne laissez pas la perfection être l’ennemie du moins bien »

 

OK, vous voulez que votre scénario soit bon, voire génial…alors pour ça il faut vous confronter à une version inintéressante de votre histoire, simplement pour que vous puissiez mettre de côté ce qui vous semble mauvais ! Une fois cela fait vous pourrez l’améliorer.

 

Hemingway disait : Le premier jet de n’importe quelle histoire ou de n’importe quoi d’autre c’est de la merde ! »

Tous ceux qui vous disent le contraire sont des menteurs, ou ils sont, dans ces rares instants, de grande inspiration qui les amènent à penser que ce genre de phrase (d’adage) est discutable. Et ils ont tort !!! Maintenant que vous savez ça, n’hésitez pas à prendre du plaisir à pousser un cran plus loin votre réflexion et vos idées sur vos histoires et commencer à réécrire ! Ne pas laisser la perfection être l’ennemie du mauvais est aussi primordial que de ne pas laisser la perfection être l’ennemie du bien. N’ayez pas peur de l’échec, n’ayez pas peur de tomber, c’est ce qui va vous permettre de moins réussir.

 

Accepter l’échec c’est accepter le fait d’écrire un scénario, vos idées même si c’est mauvais, car vous vous inscrivez dans une démarche d’action ! Et il vaut mieux passer à l’action que de rester à ne rien faire ! Puis vous devrez travailler dur pour vous corriger mais c’est là la clé de tout artiste. Évidemment vous ne pourrez pas retravailler toutes vos idées, même si une de celles-ci est « parfaite », vous devrez même peut-être la laisser de côté pour un moment. Car une idée parfaite, n’est pas forcément une idée intéressante par rapport à ce que vous êtes et ce que vous souhaitez raconter. Vous pourrez, bien entendu, revenir sur cette idée plus tard, beaucoup plus tard, lorsque vous aurez trouvé quoi faire avec cette idée. Dites-vous que tant que vous continuerez à travailler sur vous- même vous réussirez à trouver des solutions pour traiter vos idées, les modifier car vous devenez meilleur de jour en jour.

On peut toujours se demander : « Mais d’où vient cette obsession de vouloir rechercher la perfection ? » Pour faire simple, cela vient de notre manière que nous avons d’interpréter la vison que le monde a de nous. En gros, cette paralysie du perfectionnisme vient du fait que nous nous comparons toujours aux autres. C’est tout de même ballot !

 

Pour parler de moi, il m’est souvent arrivé de sympathiser avec des scénaristes ou des musiciens professionnels dont leur travail m’inspire énormément. Leur art, ce qu’ils sont capables de faire, m’inspire beaucoup, je le trouve « parfait » et cela me pousse à donner le meilleur de moi-même. Cela ne veut pas dire que je copie ce qu’ils font, mais je retire énormément d’enseignements lors de nos échanges. Il ne s’agit pas d’amitié car on ne peut pas construire sur une amitié où l’on cherche à obtenir quelque chose de quelqu’un. En amitié on donne un point c’est tout.

Alors forcément, lorsque je me compare à ces artistes, je peux me sentir inférieur et être bloqué. Si notre démarche est de faire un scénario aussi bon que celui de machin ou de truc, alors cela signifie que votre démarche créative n’est pas bonne. Si vous faites cela, vous devez vous arrêter et prendre le temps de comprendre que faire comme ça ne mènera nullepart. Simplement parce que vous n’êtes pas machin ou truc ! Vous ne réussirez jamais à faire comme eux.

 

Rien ne dit que vous serez meilleur ou moins bon qu’eux. Vous ne serez peut-être jamais aussi expérimenté qu’eux, mais vous restez vous-même ! Et c’est le plus important.

En fait, cette idée de la recherche de perfection vient de la comparaison que nous faisons des personnes que nous adorons et qui nous inspirent. Ce sont ces mêmes personnes qui nous apportent artistiquement mais qui reflètent aussi nos faiblesses.

 

S’entêter à être parfait c’est se tirer une balle dans le pied car cela implique que vous vous empêchez de passer à l’action…d’être concret tant que vous n’avez pas atteint la perfection dans les aptitudes où vous sentez que vous avez des difficultés. Au final c’est le chien qui se mord la queue car vous ne pourrez jamais améliorer ces aptitudes si vous ne passez jamais à l’action, même pour faire quelque chose…d’imparfait ;o) Il faut donc accepter le fait de produire quelque chose de mauvais. Puis une fois votre premier jet terminé, vous pourrez réécrire, réécrire, réécrire. Mais cela ne veut pas dire que ce que vous aurez créé pendant ce temps de réécriture ne sera peut-être pas votre meilleur scénario. Mais au fil des réécritures vous gagnez en expérience et en maturité.

Car au fond, votre travail le plus ancien devrait être moins bon que votre dernière réécriture. Mais votre dernière réécriture peut aussi être un échec. C’est donc un travail sans fin, mais c’est la seule et véritable manière d’apprendre : Accepter l’échec. Même si vous êtes un pro du scénario, l’échec est toujours possible. Pour dire les choses simplement, un bon exemple est toujours mieux que de longs discours : le Baseball.

 

Une équipe de baseball joue plus de 150 matches sur une saison. Autant dire qu’elle joue souvent et engrange de l’expérience ! Les Cubs de Chicago ont remporté 77% de leurs matches, c’est tout simplement la meilleure performance de victoire dans toute l’histoire du Baseball. Mais les Cubs ont aussi perdu les world series avec 33% de leurs matches réguliers. 14 équipes ont remporté les world séries en gagnant 70% des matches réguliers dans toute l’histoire du baseball.

Ted Williams n’a réussi à atteindre la seconde base « seulement » 48% des fois lorsqu’il était batteur. Encore une fois, il s’agit de la meilleure performance jamais vue ! Cela veut dire que Ted Williams, qui était la plus grande menace à ne jamais avoir existé, échouait plus d’une fois sur deux !!

Au baseball avoir une moyenne d’échecs de 65% lorsque l’on est batteur est considéré comme une bonne performance pour faire carrière dans le baseball !

 

A chaque fois que vous entreprenez quelque chose, dans n’importe quel domaine, vous risquez d’échouer, les professionnels sont ceux qui continuent quoi qu’il arrive et s’améliorent. Les meilleurs sont ceux qui n’abandonnent jamais, qui apprennent de chaque erreur, qui persévèrent avec habilité et qui poussent leur chance toujours plus loin.

Comparer le sport et l’artistique est toujours un peu osé mais au fond l’idée est la même. Savoir accepter l’échec c’est évoluer constamment dans le bon sens, c’est revenir sur le terrain tant que votre but n’est pas atteint, toujours en continuant à étudier, à pratiquer et améliorer votre art dans le même temps.

 

Voilà pour cet article sur “Les règles d’écriture chez pixar 8 à 11”.

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A dimanche prochain.

Tom Weil

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À PROPOS DE TOM WEIL

Tom

Je m’appelle Tom Weil, je suis assistant réalisateur pour le cinéma et la télévision et comme vous pouvez vous en douter je suis passionné de cinéma depuis tout jeune. J’ai crée ce site il y a presque 3 ans maintenant pour vous apporter mon aide…